Léa Salamé a quitté le 20 Heures de France 2 : une femme puissante doit-elle encore s’effacer ?
Après la candidature de Raphaël Glucksmann à la présidentielle de 2027, Léa Salamé se retire du 20 Heures de France 2. Un choix qui interroge la place des femmes journalistes en couple avec des responsables politiques.
Le retrait de Léa Salamé, une déception au goût de déjà-vu
C’est une décision qui déçoit autant qu’elle interroge. À la suite de l’annonce officielle de la candidature de Raphaël Glucksmann à l’élection présidentielle de 2027, Léa Salamé s’est mise en retrait du 20 Heures de France 2, conformément à l’engagement qu’elle avait pris dès son arrivée à la tête du journal. Le retrait a été confirmé le 24 août 2026, au lendemain de l’officialisation de la candidature de son compagnon.
Il serait toutefois injuste d’affirmer, sans preuve, qu’elle aurait simplement « cédé à un caprice » de Raphaël Glucksmann. Léa Salamé avait elle-même annoncé devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public qu’elle quitterait immédiatement l’antenne si son compagnon devenait candidat. Elle y avait également défendu son indépendance en déclarant être, avant d’être « la femme de quiconque », une journaliste et une femme libre. Le compte rendu de son audition est disponible sur le site de l’Assemblée nationale.
« Femmes puissantes » : le symbole qui dérange
Le paradoxe est néanmoins saisissant. Léa Salamé est l’autrice de deux tomes de “Femmes puissantes” dans lesquels elle donne la parole à des femmes ayant conquis leur liberté et leur légitimité dans des univers longtemps dominés par les hommes. La collection présente ces deux ouvrages comme le prolongement de ses entretiens consacrés à la puissance féminine.
La voir abandonner, même temporairement, l’un des postes les plus convoités du paysage audiovisuel français laisse donc un sentiment amer. Après onze années passées à la matinale de France Inter, elle avait accédé en septembre 2025 à la présentation du journal télévisé le plus emblématique du service public. Une fonction rare, prestigieuse et âprement conquise.
Pourquoi serait-ce encore à la journaliste de s’effacer lorsque son compagnon entre en campagne ?
La neutralité du service public est indispensable. Le risque de conflit d’intérêts, ou même de soupçon de partialité, ne peut être ignoré. Mais cette exigence produit une conséquence troublante : la carrière de la journaliste devient dépendante des ambitions politiques de son conjoint.
Léa Salamé n’est pas la première concernée. Anne Sinclair, Béatrice Schönberg, Marie Drucker ou Audrey Pulvar ont, elles aussi, dû quitter l’antenne ou renoncer à certaines fonctions lorsque leurs compagnons occupaient le devant de la scène politique. En 2010, Audrey Pulvar avait notamment été suspendue de son émission politique sur i-Télé en raison de la candidature d’Arnaud Montebourg.
Sous couvert de préserver la neutralité politique, cette jurisprudence finit presque toujours par faire porter le sacrifice professionnel sur les femmes journalistes.
Léa Salamé aurait-elle pu continuer à présenter le 20 Heures tout en se retirant uniquement des interviews et des sujets concernant la présidentielle ? Aurait-elle pu recevoir d’autres candidats, les interroger avec la même exigence et démontrer, par son travail, son indépendance éditoriale ?
La question mérite d’être posée. Une journaliste professionnelle peut aimer un homme politique sans nécessairement partager son programme. Elle peut conserver ses opinions, ses désaccords et son libre arbitre. Mais dans une démocratie traversée par la défiance envers les médias, l’indépendance réelle ne suffit plus : il faut aussi éviter toute apparence de conflit d’intérêts.
C’est précisément là que réside le malaise. Léa Salamé respecte une règle déontologique qu’elle avait elle-même fixée. Pourtant, le résultat demeure symboliquement violent : au moment où son compagnon avance vers la lumière, elle doit quitter le fauteuil qu’elle avait mis tant d’années à conquérir.
Plus qu’une faute individuelle ou qu’une « preuve d’amour de trop », ce retrait révèle une injustice structurelle. En 2026, une femme peut être puissante, libre et reconnue. Mais lorsque la politique entre dans son couple, c’est encore trop souvent sa carrière qui est priée de s’effacer.
#Audiovisuel #Femmes #Pouvoir #2027 #Journalisme – Crédit photo: Blondet Eliot/ABACA
Fara Maroundou

