Le Tata sénégalais est bien plus qu’un lieu de recueillement : c’est un symbole puissant de l’Histoire commune entre l’Afrique et l’Europe, un espace sacré dédié aux tirailleurs sénégalais tombés pour la France. Pourtant, malgré son importance historique et mémorielle, des actes récents de profanation viennent brutalement rappeler la fragilité de ce patrimoine et l’urgence de le protéger.
Communément appelé le Tata, il désigne un cimetière militaire africain, souvent entouré d’une enceinte rappelant les traditions architecturales ouest-africaines . Ces nécropoles abritent les tombes de tirailleurs sénégalais morts pendant les conflits mondiaux, en particulier la Première et la Seconde Guerre mondiale. Les tirailleurs sénégalais, issus du Sénégal mais aussi de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso, Guinée, Niger…), ont été mobilisés par centaines de milliers pour défendre la France. Beaucoup ont perdu la vie loin de leur terre natale.
Reconnu pour sa valeur historique, le Tata incarne une part essentielle du récit collectif franco-africain. Il représente un hommage silencieux qui doit continuer à vivre par l’entretien, la sensibilisation, et la participation active des citoyens.
La profanation de trop !
En janvier 2025, un nouvel acte de profanation a suscité indignation et incompréhension. Ces actes offensent la mémoire des soldats tombés, blessent profondément leurs descendants, et constituent une attaque directe contre les valeurs de respect et de reconnaissance.
Un véritable choc pour la municipalité de Chasselay où est situé la nécropole, mais également pour les nombreuses diasporas africaines vivant sur la Métropole de Lyon en particulier puis en France. Car le Tata sénégalais n’est pas un simple lieu public, c’est un espace sacré, un monument historique, un sanctuaire mémoriel envers des soldats morts pour la liberté.
Chaque dégradation, chaque intrusion est vécue comme une rupture du pacte moral entre les vivants et les morts. Il s’agit d’une atteinte grave au patrimoine, mais aussi à la dignité humaine.
Beaucoup s’étonnent d’ailleurs : comment un tel site peut-il rester sans vidéosurveillance, sans système de protection, et parfois même sans gardiennage régulier ? Ces failles laissent craindre à une possible nouvelle profanation, une perte progressive du respect dû aux tirailleurs, et surtout le pire serait d’arriver à une banalisation dangereuse des actes anti-mémoriels. Il devient urgent d’agir !

L’association Africa 50 de Lyon : un rôle déterminant à jouer
Face à ces menaces, l’association Africa 50 de Lyon a toute légitimité pour devenir une force motrice dans la défense du Tata sénégalais et du devoir de mémoire. Voici quelques pistes d’action accessibles et à fort impact :
Mobiliser en masse lors des cérémonies de commémoration: Encourager la diaspora africaine, les lycéens, les associations, les institutions et les citoyens à être présents. Une forte présence publique renforcerait la symbolique du lieu.
Porter le dossier de la vidéosurveillance: Plaider auprès des autorités locales pour l’installation urgente de caméras et de systèmes de sécurité. Argumenter sur la protection du patrimoine historique et l’importance du devoir mémoriel. Proposer un audit de sécurité, avec des partenaires locaux.
Sensibiliser et éduquer: Organiser des conférences, ateliers scolaires, visites guidées. Publier du contenu éducatif en ligne : vidéos, articles, témoignages. Créer des événements culturels (lectures, expositions, concerts mémoriels).
Construire une coalition: Travailler avec les collectivités territoriales, les associations mémorielles, les ambassades africaines, les écoles et universités, les médias locaux. Plus la mobilisation est large, plus la protection du Tata devient un enjeu public incontournable.
Face aux profanations répétées, nous avons une responsabilité collective : préserver, honorer et transmettre cette mémoire. Itinéraire par article lance sa goutte d’eau dans le grand incendie.
Lala SCOTT
#Histoire #Mémoire #Profanation #Commémoration #DevoirDeMémoire #TataSénégalais


Bonjour,
Merci pour votre article. Je vous écris d’ici la fin de journée pour effectuer quelques corrections qui s’imposent.
Cordialement.
AB
Bonjour,
Quelques précisions :
– En langue mandingue, le terme tata désigne une enceinte fortifiée érigée pour protéger les populations villageoises des potentiels attaques ennemies. Au sommet de ce mur, les Dozos (ou Donsow), chasseurs et guerriers traditionnels d’Afrique de l’Ouest se dressent comme derniers remparts aux envahisseurs.
– C’est ce terme tata qu’a choisi Jean-Baptiste Marchiani, initiateur de la nécropole, pour baptiser ce lieu lors de son inauguration le 8 novembre 1942 afin de rendre hommage à ces soldats africains du 25ème Régiment de « Tirailleurs Sénégalais » massacrés en raison de la couleur de leur peau les 19 et 20 juin 1940.
Aux termes de longs combats, ces hommes se sont battus « sans esprit de recul » et jusqu’à la « dernière cartouche » pour empêcher les troupes nazies d’entrer dans la ville de Lyon. Mais une fois les munitions épuisés, soldats Blancs et Noirs furent séparés par les troupes allemande de la 10e panzerdivision de la Wehrmarcht. Les Africains furent conduit dans un champ au lieu-dit « Vide Sac », mitraillés par les militaires allemands soutenus par 2 blindés avant que les chars ne roulent sur les corps agonisants.
– Le « Tata » de Chasselay abrite ainsi les dépouilles de soldats africains dit Tirailleurs sénégalais. En réalité, ces soldats étaient issus de nombreux pays d’Afrique Occidentale Française (Mali, Burkina Faso, Guinée, Niger…) mobilisés par centaines de milliers pour défendre la France. Beaucoup ont perdu la vie loin de leur terre natale.
– Chaque année le 11 novembre, une cérémonie de commémoration organisée en partenariat entre le Collectif Africa50 (https://africa50-lyon.org) et la mairie de chasselay débute au cimetière communal avant de se rendre au « Tata ». Chacun est le bienvenue.
Bien cordialement.
Alexandre Bonche, trésorier Africa50